Planet waves (Bob Dylan) 17 Janvier 1974 / January 17, 1974

 


« C'est un album ouvertement personnel... Je pense que le sujet de Planet Waves est ce qu'il semble être : le dilemme esthétique et pratique de Dylan, et son immense dette émotionnelle envers sa femme Sara. » (Ellen Willis – New Yorker)

 Le 17 Janvier 1974 sortait « Planet waves », le 14ème album studio de Bob Dylan.

 

 Je me souviens avoir écouté cet album pour la première fois après l’avoir emprunté à la bibliothèque de ma ville. Ce devait être début 1979, alors que je connaissais très mal la carrière de Dylan. Le seul autre disque que je connaissais de lui était « Street legal ». Et La voix entre les deux disques y est tellement différente que je crus d’abord que le vinyle à l’intérieur ne correspondait pas à la pochette. Néanmoins, j’ai tout de suite été fasciné par la chaleur et la spontanéité qui dégageait de cet album.

 « Planet waves » fut enregistré en seulement 3 jours avec The Band à Los Angeles un peu avant que Dylan ne parte en tournée Américaine avec eux pour un mois et demi. Son contrat avec sa maison de disques Columbia s’achevait pour en signer un autre avec David Geffen chez Asylum (il n’y restera que le temps d’un album studio).

Honnêtement, Je pense que c'est le disque le plus sous-estimé de Dylan, peut-être à cause du fait qu’il soit sorti juste avant Blood on the Tracks et qu’il soit constamment comparé à celui-ci. C'est aussi l'un de mes préférés, mais je suis peut-être seul à le penser. En tout cas, s'il était sorti avant tout autre album que Blood on the Tracks, il aurait été salué comme l'un de ses tous meilleurs disques.

« Planet waves » contient de superbes chansons sur les relations humaines dont certaines font allusion à celle qu’il entretenait alors avec sa femme (un thème qui deviendra central sur l’album suivant).

Planet waves, c’est un peu l’album bipolaire de Bob Dylan. Le chanteur passe d'un sentiment à l'autre tel un yoyo : Le bonheur, le désespoir, la dévotion, la haine et bien d'autres choses encore y sont explorés dans des paroles qui ont une profondeur et une subtilité impressionnantes. L’allégresse y cotoie le désespoir. Rien que les deux premiers morceaux en sont un exemple frappant : On passe du sautillant et enjouè « on a night like this » à la tristesse rampante de Going going gone. Plus loin, la désepérance amère de « Dirge » fait place à la chaleureuse « You angel you ».

Cette versatilité en fait un des albums les plus intéressants de sa longue carrière discographique. Bien sûr, "Forever Young" est la chanson que les non-initiés reconnaîtront, mais au moins les deux tiers de cet album pourraient être considérés comme l'une des meilleures œuvres de Dylan.

L’accompagnement du Band y est pour beaucoup dans la réussite du disque. Leur jeu fluide et organique propulse les chansons du Zim vers de nouveaux horizons et s’accorde avec facilité à l’ambiance que chacun des morceaux nécessite.

« On a night like this” démarre l’album sur un style enjoué où l’harmonica de Dylan et l’accordéon de Garth Hudson se mélangent à merveille créant une atmosphère roots / Cajun. Dylan dira de ce morceau qu'il "parle d’un homme ivre temporairement sobre".« Going going gone, le morceau suivant est l’antithèse du précédent. L'interaction entre la voix désespérée de Dylan et la guitare principale de Robbie Robertson est admirable. Dans une ambiance sinistre, Dylan chante, “ Je viens d'arriver à l’endroit où le saule ne plie plus / Il n’y a plus grand-chose à dire / C'est le sommet de la fin / Je m’en vais, je m’en vais / Je suis parti ». 

La chanson suivante, "Tough mama", a une sorte de groove swampy/funky évoquant une sombre beauté avec laquelle le chanteur rêve de s'évader. "Hazel" est une très belle et très sincère chanson d'amour. 

"Something there is about you" fait référence à son enfance passée dans le Minnesota lorsqu'il évoque « Les fantômes de ma jeunesse / Les jours de pluie sur les grands lacs / Me promenant sur les collines du vieux Duluth ». “Forever young » est ici le titre le plus connu dont Dylan dira qu’il l’a écrit comme un psaume pour ses enfants. Deux versions apparaissent sur le disque. L’une, lente et solennelle, l’autre enjouée dans un style country-rock. » Dirge " (comme le titre le suggère / hymne funèbre) est la chanson la plus sombre de tout l'album, pleine d'amertume à propos d'une relation brisée. Il n'y a que Dylan au piano et la guitare acoustique de Robertson sur ce morceau. Les trois dernières chansons conservent le même niveau de qualité élevé.

Donc, oubliez toutes les critiques mitigées que vous pourrez lire sur cet album car je ne suis pas du tout d'accord avec elles. Celui-ci est un chef-d'œuvre oublié. Point barre.

L’album sera le premier de Dylan à atteindre la première place des charts Américains, les ventes étant boostées par la tournée nord-Américaine avec The Band. Plus tard dans l’année, l’artiste changera complétement sa façon d’écrire des chansons au moment où sa relation avec sa femme Sara empirera. Mais c’est une autre histoire. 

 

Meilleurs titres: Going going gone, Tough mama, Forever young, Dirge, Never say goodbye 

 


 

 

“It is openly personal...I think the subject of Planet Waves is what it appears to be—Dylan's aesthetic and practical dilemma, and his immense emotional debt to his wife Sara”. (Ellen Willis – New Yorker)

On January 17, 1974, "Planet waves", Bob Dylan's 14th studio album, was released.

 

I remember listening to this album for the first time after I borrowed it from the library in my town. It must have been in early 1979, when I knew very little about Dylan's career. The only other record I knew of him was "Street legal". And the voice on it was so different that I thought at first that the vinyl inside didn't match the cover. Nevertheless, I was immediately fascinated by the warmth and spontaneity that emanated from this album.

I think this is Dylan's most underrated album, perhaps because it was released just before “Blood on the Tracks” and is constantly being compared to it. It is also one of my favorites but I might be completely alone in that opinion. In any case, if it had been released before any other album than Blood on the Tracks, it would have been hailed as one of his very best records.

It contains beautiful songs about human relationships, some of which allude to the relationship he had with his wife at the time (a theme that would become central on the next album).

I would say that “Planet waves” is Bob Dylan's bipolar album. Joy and despair go hand in hand. The first two tracks alone are a striking example of this: We go from the jaunty and cheerful "on a night like this" to the sweeping sadness of Going going gone. Further on, the bitter hopelessness of "Dirge" gives way to the warmth of "You angel you".

This versatility makes it one of the most interesting albums of his long recording career. Of course, "Forever Young" is the song that the uninitiated will recognize, but at least two thirds of this album could be regarded as some of Dylan's best work

"On a night like this" starts the record on a playful style where Dylan's harmonica and Garth Hudson's accordion blend very well together creating a roots / Cajun atmosphere. Dylan will say of this track that it "comes off as sort of like a drunk man who's temporarily sober."

"Going going gone”, the following track is the antithesis of the previous one. The interplay between Dylan's desperate vocal and Robbie Robertson's lead guitar is admirable. Dylan sings, “I’ve just reached a place where the willow don’t bend / There’s not much more to be said, It’s the top of the end / I’m going, I’m going, I’m gone”.

The next song, “Tough mama” has a sort of swampy/funky groove evocating a dark beauty with whom the singer dreams to escape. “Hazel” is a very beautiful and heartfelt love song.

"Something there is about you" refers to his childhood spent in Minnesota when he evokes “ The phantoms of my youth / Rainy days on the Great Lakes / walkin’ the hills of old Duluth”.
"Forever young" is here the best known title that Dylan will say he wrote as a psalm for his children. Two versions appear on the disc. One, slow and solemn, the other playful in a country-rock style. “Dirge “ (as the title suggests) is the darkest song on the entire album, full of bitterness about a broken relationship. There’s only Dylan on piano and Robertson’s acoustic guitar on this track. The last three songs maintain the same high-level quality-wise.

So, forget all the mixed reviews that you can read on this album because I strongly disagree with them. This one is a forgotten masterpiece. Period.

The album will be Dylan's first to reach #1 in the U.S. charts, with sales boosted by the North American tour with The Band. Later in the year, the artist will completely change the way he writes songs as his relationship with his wife Sara worsens. But that's another story.

 

Stand-out tracks: Going going gone, Tough mama, Forever young, Dirge, Never say goodbye  

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