For your pleasure (Roxy music) 24 Mars 1973 / March 24, 1973
"L'ensemble de "For Your Pleasure" marche sur la corde raide entre l'expérimental et l'accessible, créant un nouveau vocabulaire pour les groupes de rock, qui a été largement exploité au cours de la décennie suivante." (Thomas Erlewine - Allmusic)
" For Your Pleasure est un témoignage majeur de l'importance d'Eno : il est difficile d'imaginer un album qui exploite mieux la tension entre deux créativités qui divergent rapidement. Ses meilleurs morceaux jouent avec la sincérité et le ton émotionnel " (Tom Ewing - Pitchfork)
“For your pleasure” est le second album de Roxy Music. Il est sorti le 24 Mars 1973
J’ai découvert la musique de Roxy Music de la manière la plus inattendue. Ce devait être à la fin des années 70 ou au tout début de la décennie suivante. Mes parents aimaient bien regarder une série à la télé avec l’acteur Pierre Mondy, intitulée « petit déjeuner compris » sur la vie d’un hôtel. Pas de quoi s’en relever la nuit. Sauf que dans un certain épisode, je fus attiré hors de ma chambre par une excitante musique rock qui sortait du poste de télé. C’était Brian Ferry et son groupe Roxy Music qui chantaient live lors d’un épisode de cette série. Je me mis alors à vouloir suivre les épisodes suivants au cas où d’autres miracles de ce genre se reproduiraient. Que nenni ! Néanmoins, je réussis à me procurer quelques jours plus tard leur album « For your pleasure » et jura de ne plus jamais dire de mal de "petit déjeuner compris". Amen !
Couverture noire, fond urbain nocturne d'un Los Angeles sous les néons. Une Amanda Lear sculpturale, aux mouvements plastiques, tenant en laisse une panthère. Le chauffeur Ferry, en arrière-plan, la regarde avec amusement, appuyé contre la portière d'une Lincoln Continental. A l'intérieur de l'album on découvre les cinq membres du groupe, dont le légendaire Brian Eno, excentriquement habillés, chacun d'eux tenant une guitare et assumant toutes les poses qu'un Elvis Presley aurait adoptées, s'il avait joué devant un public de Martiens. La recette artistique de Roxy Music peut se résumer en gros à une récupération méticuleuse du rock ‘n roll des années 50, passé à la moulinette de l’art-rock des années 60, et flirtant avec le glam-rock contemporain, pour finalement accoucher d’un son qui va fortement influencer un futur mouvement qu’on appellera « la new-wave ». "For Your Pleasure" est le fruit de tous ces éléments réunis, des ingrédients si habilement mélangés qu'ils en font un disque vivant et dynamique, palpitant au point qu'aujourd'hui encore il sonne extraordinairement actuel.
"Do The Strand", le premier single de l’album est le morceau d’ouverture idéal. Chevauchée épique à l’esprit punk-rock avec des breaks inattendus, c’est ici le groupe dans toute sa splendeur. Des paroles allumées, des riffs de guitare incendiaires, une batterie qui pulse, les effets soniques complètement dingues d’Eno dans lesquels s'insèrent les interventions du saxophone Andy Mackay, et qui imprègnent cette chanson d’un esprit décadent : le résultat est si efficace qu’il deviendra un des morceaux les plus joués par le groupe en concert.
La particularité des débuts de Roxy Music réside dans la tournure imprévisible que peuvent prendre leurs chansons. C'est le cas de "Beauty Queen", qui d'une chanson romantique et en même temps vaguement psychédélique, cède à une digression boogie pour revenir ensuite nonchalamment au thème original. Le chant de Ferry y est divin et la mélodie sublime.
Dans "Strictly Confidential", la décadence de Bryan Ferry atteint l'un de ses plus hauts sommets, s'exprimant dans une atmosphère qui fait davantage penser à une pièce de théâtre qu'à une chanson pop, avec des paroles pleines de désespoir telles que ("Avant de mourir j’écris cette lettre/ Voici les secrets que tu dois connaitre") ; la chanson est un crescendo douloureux, entrecoupé d'un falsetto et de contre-chants qui sont rendus encore plus intenses par la guitare criarde et désespérée de Phil Manzanera.
Dans "Editions Of You", le second single du disque on retrouve l’ambiance survoltée du premier morceau avec les mêmes éléments qui font de celui-ci une autre réussite du groupe. Son intro de piano électrique et le déchainement des roulements de la batterie influent à ce morceau une puissance phénoménale. Plus loin, Eno excelle dans le déploiement de sons complètement fous issus de ses claviers tandis que la guitare de Manzanera joue des riffs distordus aussi intenses que brefs. Du grand art !
"In Every Dream Home A Heartache", est une sombre prière où les incantations de Ferry entrainent l’auditeur dans une spirale où l'angoisse issue de la répétition du même thème crée une tension soutenue par un tapis de claviers et un saxophone minimal. La parabole de la femme-objet, représentée par une poupée gonflable, n’est pas des plus politiquement corrects et de fait, la prière se termine par un triste "J’ai éclaté ton corps / mais tu m’as époustouflé ", avant que la musique explose dans un solo de guitare où la batterie se déploie, poussant la guitare dans le vibrato final libérateur de Ferry, qui déclame enfin l'expression de sa folie.
La mélodique "Grey Lagoons" est la chanson la plus calme de l'album, et retrouve l'ambiance et les sonorités du premier opus, anticipant en même temps le mélange sonore non moins fascinant mais plus classique du Roxy Music de "Stranded" et "Country Life", ceux après le départ d’Eno.
Le morceau-titre qui clôt l'album sur une ambiance mystique, magnifiée par les effets sonores des claviers et les toms de la batterie reflète l’esprit expérimental que le groupe aurait certainement pris si Brian Eno était resté maître à bord et résume à lui seul le désaccord grandissant entre Ferry, adepte d’un univers pop-rock plus « mainstream » et Eno, privilégiant la prise de risque et les ambiances sonores aventureuses et qui l’incitera à quitter le groupe. Ce dernier entamera alors une carrière solo qui fera date dans l’histoire du rock. Mais c’est une autre histoire
“All of “For Your Pleasure” walks the tightrope between the experimental and the accessible, creating a new vocabulary for rock bands, and one that was exploited heavily in the ensuing decade.” (Thomas Erlewine – Allmusic)
“For Your Pleasure is a greater testament to Eno's importance: it's hard to imagine an album that better exploits the tension between two fast-diverging creativities. Its best tracks play games with sincerity and emotional tone “(Tom Ewing – Pitchfork)
For Your Pleasure is the second album by Roxy Music, released on March 24, 1973.
I discovered Roxy Music in the most unexpected way. It must have been at the end of the 70's or at the very beginning of the following decade. My parents liked to watch a series on TV with the actor Pierre Mondy, called "petit déjeuner compris" about life in a hotel. Nothing to write home about. Except that in a certain episode, I was lured out of my room by exciting rock music coming from the TV set. It was Brian Ferry and his band Roxy Music singing live during an episode of this show. I started to want to watch the next episodes in case there were more of these miracles to come. No way! Nevertheless, I managed to get their album "For your pleasure" a few days later and swore never to speak ill of "petit déjeuner compris" again. Amen!
Black cover, night urban background of a Los Angeles under neon lights. A sculptural Amanda Lear, with plastic movements, holding a panther on a leash. The driver Ferry, in the background, looks at her with amusement, leaning against the door of a Lincoln Continental. Inside the album, the five members of the band, including the legendary Brian Eno, are eccentrically dressed, each holding a guitar and assuming all the poses that an Elvis Presley would have adopted, if he had played in front of an audience of Martians. Roxy Music's artistic recipe can be summed up as a meticulous recuperation of the rock 'n roll of the 50's, passed through the mill of the art-rock of the 60's, and flirting with the contemporary glam-rock, to finally give birth to a sound that will strongly influence a future movement that will be called "new-wave". "For Your Pleasure" is the fruit of all these elements, ingredients so skilfully mixed that they make it a lively and dynamic record, so exciting that even today it sounds extraordinarily modern.
"Do the Strand," the first single from the album is the perfect opening track. An epic punk-rock ride with unexpected breaks, this is the band at its best. Crazy lyrics, incendiary guitar riffs, and pulsating drums, Eno's crazy sonic effects with saxophonist Andy Mackay's interventions, imbuing this song with a decadent spirit: the result is so effective that it will become one of the band's most played live tracks.
The particularity of Roxy Music's beginnings lies in the unpredictable turn that their songs can take. This is the case of "Beauty Queen", which from a romantic and at the same time vaguely psychedelic song, gives way to a boogie digression to then nonchalantly return to the original theme. Ferry's singing is divine and the melody sublime.
In "Strictly Confidential", Bryan Ferry's decadence reaches one of its highest peaks, expressed in an atmosphere more reminiscent of a play than a pop song, with lyrics full of despair such as ("Before I die I write this letter/ Here are the secrets you must know"); the song is a painful crescendo, interspersed with a falsetto made even more intense by Phil Manzanera's screaming and desperate guitar.
In "Editions of You", the second single of the record, the overexcited atmosphere of the first track is found again with the same elements that make this one another success of the band. Its electric piano intro and the unleashing of the drum rolls give this track a phenomenal power. Further on, Eno excels in deploying crazy sounds from his keyboards while Manzanera's guitar plays distorted riffs as intense as they are brief. Great work!
"In Every Dream Home A Heartache", is a dark prayer where Ferry's incantations lead the listener into a spiral where the anguish resulting from the repetition of the same theme creates a tension supported by a carpet of keyboards and a minimal saxophone. The parable of the woman-object, represented by an inflatable doll, is not the most politically correct and in fact, the prayer ends with a sad "I blew up your body/but you blew my mind", before the music explodes in a guitar solo where the drums unfold, pushing the guitar into the final liberating vibrato of Ferry, who finally declaims the expression of his madness.
The melodic "Grey Lagoons" is the quietest song on the album, and recaptures the mood and sounds of the first opus, anticipating at the same time the no less fascinating but more classic Roxy Music mix of "Stranded" and "Country Life", those after Eno's departure.
The title track which closes the album on a mystical atmosphere, magnified by the sound effects of the keyboards and the tom of the drums reflects the experimental spirit that the group would certainly have taken if Brian Eno had kept running the shop and sums up the growing disagreement between Ferry, follower of a more "mainstream" pop-rock approach and Eno, privileging risk-taking and adventurous sound atmospheres and which will incite him to leave the group. The latter will then start a solo career which will be a landmark in the history of rock music. But that's another story
Stand-out tracks: Do the strand / Beauty queen / Strictly confidential / Editions of you / In every dream home a heartache

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